Ce que dit la vidéo, phrase par phrase
Notre vidéo enchaîne cinq affirmations : tu manges, l’arôme passe dans le liquide amniotique, ton bébé l’avale, il découvre la saveur, et ces premières expériences façonnent ses goûts futurs. Les trois premières sont bien étayées, avec des nuances. La dernière va plus loin que les études.
Et une phrase contient une erreur qu’on préfère corriger ici : la vidéo cite « ail, vanille, carotte ». La vanille n’a jamais été étudiée pendant la grossesse. Elle ne figure que dans les études sur le lait maternel. On y revient plus bas.
Le calendrierDes bourgeons du goût dès… quand ?
Selon la source que tu lis, ton bébé « goûte » à partir de 7 semaines ou de 31 semaines d’aménorrhée. Ce n’est pas que l’une des deux se trompe : elles ne parlent pas de la même chose. Certaines datent l’apparition des bourgeons du goût, d’autres le moment où ils peuvent détecter une saveur, d’autres encore le moment où le bébé la « découvre ». Et toutes ne précisent pas si elles comptent depuis les dernières règles (les SA) ou depuis la conception, ce qui fait environ deux semaines d’écart.
- Arvedsonmanuel de référence
Bourgeons visibles à 7 semaines, récepteurs nettement matures à 12 semaines.
- Witt et Reuttercités par Ustun, 2022
Bourgeons formés à 8 semaines, capables de détecter une saveur à partir de 14 semaines.
- L. Marlierrevue médicale, 2020
Bourgeons « repérables dès 12 semaines de gestation ».
- mpediapédiatres de l’AFPA
13 SA : « Goût, odorat, toucher, ses sens s’éveillent ». 31 SA : « il découvre le goût à travers le liquide amniotique ».
- Arvedsonmanuel de référence
Premier réflexe de déglutition entre 10 et 12 semaines, chez la plupart des fœtus à 15 semaines, régulière vers 22–24 semaines.
- StatPearlsmanuel en ligne, 2023
Déglutition observée dès 11 semaines.
- mpediapédiatres de l’AFPA
17 SA : il « commence à déglutir ».
- INRAECentre des sciences du goût
Récepteurs des odeurs « entre la 8e et 11e semaine », narines « bouchées jusqu’au 4e ou 6e mois », premières expériences olfactives « dès le 7e mois ». La source compte en mois : le placement est approximatif.
- Wittcité par Ustun, 2022
Neurones olfactifs capables de capter les odeurs du liquide à partir de 24 semaines.
Ce qu’on peut écrire sans trahir aucune source : les bourgeons du goût apparaissent dès le premier trimestre. Le moment où ton bébé perçoit vraiment une saveur, lui, n’a pas de date qui fasse consensus.
Sources : Arvedson J. C., Swallowing and feeding in infants and young children, GI Motility online · Ustun B. et al., Psychological Science 2022 (qui cite Witt et Reutter, 1998, et Witt, 2020) · Marlier L., Correspondances en MHDN, juin 2020 · Fitzsimmons E. et Bajaj T., Embryology, Amniotic Fluid, StatPearls, mis à jour le 17 juillet 2023 · mpedia.fr, Le calendrier de grossesse, mis à jour le 2 juin 2026 · INRAE, Une histoire de goût. Manuels et revues de référenceLa vidéo dit « dès le deuxième trimestre, ses papilles sont déjà en place » : c’est juste, et même un peu prudent. Toutes les sources placent les bourgeons du goût avant.
Le mécanismeBébé goûte-t-il, ou sent-il ?
Ce qu’on appelle « le goût » d’un aliment, c’est en réalité une flaveur : les saveurs captées par la langue (sucré, salé, acide, amer, umami), plus les arômes qui remontent par l’arrière de la gorge jusqu’au nez. La carotte, l’ail ou l’anis se reconnaissent surtout à leurs arômes.
Pour ton bébé, c’est pareil. Il avale du liquide amniotique, et une fois ses narines dégagées, ce liquide circule aussi dans son nez, jusqu’aux récepteurs des odeurs. C’est l’hypothèse de l’équipe qui a filmé des fœtus devant la carotte et le chou kale : ils percevraient ces arômes en avalant et en inspirant le liquide, pas seulement par la langue.
Dans toutes les études qui suivent, ce sont surtout des odeurs qu’on fait passer et qu’on teste. Jusque dans la dernière, avec des enfants de 3 ans : on leur fait sentir un coton imbibé de poudre de légume, sans qu’ils le goûtent. « Goûter » est donc le mot de la vidéo. « Percevoir l’arôme » est celui des études.
De ton assiette à la sienne : cinq maillons
Pour que « ce que tu manges façonne ses goûts » soit vrai, il faut que cinq choses le soient l’une après l’autre. Chaque maillon a ses études, et elles n’ont pas la même solidité. Le trait entre deux maillons s’amincit quand la preuve faiblit : ouvre-les un par un.
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Pendant la grossesse, quatre arômes seulement ont été étudiés : l’ail, l’anis, la carotte et l’alcool. Le chou kale s’y est ajouté en 2022.
Revue systématique USDA NESR, avril 2019 · Ustun et al., 2022 -
Une seule étude a mesuré le liquide lui-même. Dix femmes qui devaient avoir une amniocentèse : cinq ont pris une capsule d’huile d’ail environ 45 minutes avant, cinq un placebo. Un jury de 13 adultes a comparé l’odeur des prélèvements deux à deux : quatre paires sur cinq sentaient davantage l’ail du côté de la capsule.
Pour la carotte, l’anis ou le kale, personne n’a analysé le liquide : on déduit le passage de la réaction du bébé.
Mennella J. A. et al., 1995, décrit par la revue USDA NESR -
Avant la naissance. 99 fœtus filmés en échographie 4D à 32 et 36 semaines : 35 dont la mère avait pris une capsule de 400 mg de poudre de carotte environ 20 minutes avant, 34 de chou kale, 30 sans rien. Avec la carotte, les chercheurs ont observé plus souvent une configuration du visage qu’ils appellent « laughter-face » ; avec le kale, plus souvent une « cry-face ».
Après la naissance. Les nouveau-nés dont la mère avait consommé de l’anis les 15 derniers jours, ou de l’ail le dernier mois, tournent davantage la tête vers cette odeur dans les heures ou les jours qui suivent. Une méta-analyse de 2023 (huit études) confirme un effet net sur l’orientation de la tête, mais pas sur les grimaces.
Ustun B. et al., Psychological Science 33(10), 2022 · Schaal B. et al. 2000 et Hepper P. 1995, décrits par la revue USDA · Ustun B., Covey J., Reissland N., PLOS ONE 2023 -
Carotte. Des mères ont bu 300 mL de jus de carotte quatre jours par semaine pendant trois semaines, au troisième trimestre. Vers 5 mois et demi, leurs bébés faisaient moins de grimaces devant des céréales à la carotte.
Ail. Des enfants de 8 à 9 ans dont la mère en avait mangé en fin de grossesse ont mangé une plus grande part de pommes de terre à l’ail (20,3 % contre 12,7 %).
Carotte et kale, la suite. 32 des bébés filmés avant la naissance ont été revus vers 3 semaines, puis 12 à l’âge de 3 ans. Leurs réactions sont plus favorables à l’odeur du légume que leur mère avait pris pendant la grossesse, mais c’est l’odeur seule qui est testée, et l’équipe reconnaît elle-même le petit nombre d’enfants suivis.
Verdict de la revue USDA : « limited but consistent », des preuves limitées mais concordantes.
Mennella J. A. et al. 2001 et Hepper P. et al. 2013, décrits par la revue USDA · Université de Durham, communiqués de février 2025 (Appetite) et du 11 mai 2026 (Developmental Psychobiology) -
De grandes cohortes (jusqu’à 9 649 couples mère-enfant) trouvent bien que l’alimentation de la mère pendant la grossesse et celle de l’enfant se ressemblent. Mais la mère continue de cuisiner après la naissance : impossible de séparer ce qui vient du ventre et ce qui vient de la table familiale.
Conclusion de la revue USDA, mot pour mot : « a conclusion cannot be drawn », aucune conclusion ne peut être tirée.
Revue systématique USDA NESR, avril 2019, conclusion 2 (« Grade Not Assignable »)
Le maillon solide, c’est le troisième : avant et juste après la naissance, ton bébé réagit de façon reproductible aux arômes de ce que tu as mangé. Le maillon fragile, c’est le dernier. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que ce que tu manges enceinte décide de ce que ton enfant aimera.
Un mot sur les visages filmés à l’échographie : « laughter-face » désigne une combinaison de mouvements des muscles du visage, codée image par image. Ce n’est pas un sourire, et personne ne peut dire qu’un fœtus « aime » la carotte.
Après la naissanceLe lait maternel prend le relais
La même revue américaine a posé la même question pour l’allaitement, et la réponse est plus solide. C’est dans cette colonne-là que se trouve la vanille de la vidéo.
Quatre arômes étudiés
- L’arôme passe et le bébé y réagit : preuves limitées, mais concordantes.
- Une seule mesure directe du liquide amniotique.
- Sur ce que l’enfant mange ensuite : des études existent, mais aucune conclusion n’est possible.
Huit arômes étudiés, plus des jus de légumes
- L’arôme passe dans le lait, selon le temps écoulé depuis le repas : preuves modérées.
- Le bébé le détecte et réagit différemment s’il le connaît déjà : preuves modérées.
- Sur ce que l’enfant mange ensuite : aucune étude n’a été trouvée.
- La vanille vient du lait, pas du ventre. Elle fait partie des arômes étudiés dans le lait maternel, jamais pendant la grossesse.
- Les quatre arômes de la grossesse ont aussi été étudiés dans le lait. Et c’est pour le lait que les preuves sont les plus solides.
- Sur la suite, le même mur des deux côtés. Pendant la grossesse, les études ne permettent pas de conclure. Pendant l’allaitement, la question n’a pas encore été étudiée.
Côté français, les pédiatres de l’AFPA écrivent sur mpedia que cette familiarisation avec différents arômes, « déjà amorcée pendant la grossesse, peut favoriser l’acceptation de nouveaux aliments lors de la diversification alimentaire ». Le verbe est bien choisi : peut. Si tu nourris ton bébé au biberon, rien de tout cela ne le prive de quoi que ce soit : la découverte des saveurs se fait aussi, et surtout, à la diversification. On en parle dans notre article sur la diversification et dans le décryptage « Diversification : à quel âge, vraiment ? ». Pour le choix lui-même, voir allaitement ou biberon.
Ce que ça ne veut pas direPas de menu pour fabriquer ses goûts
Ces études ne justifient aucun régime particulier pendant la grossesse. Les capsules de poudre de légume et les 300 mL de jus de carotte sont des protocoles de recherche, pas des conseils. Ce qui compte pour ta grossesse reste une alimentation variée et équilibrée, avec les précautions d’usage : elles sont dans notre liste des aliments déconseillés.
L’alcool fait partie des arômes étudiés : il passe lui aussi dans le liquide amniotique. Ce n’est évidemment pas une saveur à faire découvrir. Pendant la grossesse, le seul repère sûr reste zéro alcool.
Et si tes nausées t’empêchent de manger varié en ce moment, rien n’est compromis. Les études portent sur des arômes précis, à des moments précis, et aucune ne montre qu’une grossesse où l’on mange peu varié change quoi que ce soit aux goûts de l’enfant. Pour traverser cette période, voir notre article sur les nausées.
En résuméÀ retenir
Ton bébé est exposé aux arômes de tes repas : ses bourgeons du goût apparaissent dès le premier trimestre, il avale et respire le liquide amniotique, et il réagit, avant comme après la naissance, aux arômes que tu as consommés. Ça, c’est bien documenté.
Mais une seule étude a mesuré l’arôme dans le liquide lui-même, et quatre arômes seulement ont été testés pendant la grossesse. La vanille n’en fait pas partie.
Quant aux goûts futurs de ton enfant, les preuves s’arrêtent en chemin : un effet limité sur l’acceptation du même arôme dans les premiers mois, et aucune conclusion possible sur ce qu’il mangera ensuite. Il n’y a pas de menu à suivre pour façonner ses goûts.
Ce qu’on nous demande le plus
Les bourgeons du goût apparaissent dès le premier trimestre : entre 7 et 13 semaines selon les sources. Le moment où le bébé perçoit réellement une saveur n’a pas de date qui fasse consensus. Les sources ne mesurent pas la même chose et ne comptent pas toutes les semaines de la même façon.
Une seule étude l’a mesuré directement. En 1995, dix femmes qui devaient avoir une amniocentèse ont pris une capsule d’ail ou un placebo, et un jury d’adultes a trouvé une odeur d’ail plus forte dans quatre paires de prélèvements sur cinq. Pour les autres aliments, le passage est déduit de la réaction du bébé.
Non. La revue systématique du ministère américain de l’Agriculture conclut qu’aucune conclusion ne peut être tirée sur le lien entre l’alimentation pendant la grossesse et ce que l’enfant mange ensuite. Une alimentation variée reste recommandée pour ta santé et celle de ton bébé, pas pour « programmer » ses goûts.
Oui : les preuves sont jugées modérées. Les arômes passent dans le lait en fonction du temps écoulé depuis le repas, et le bébé réagit différemment à un arôme qu’il a déjà rencontré. Huit arômes ont été étudiés, dont la vanille, l’ail et la menthe.
Non. Les études portent sur quelques arômes précis consommés à des moments précis, et aucune ne montre qu’une période où l’on mange peu varié modifie les goûts de l’enfant. La découverte des saveurs continue après la naissance, avec l’allaitement puis la diversification.
D’où viennent ces repères
Spill M. et al., Influence of Maternal Diet on Flavor Transfer to Amniotic Fluid and Breast Milk and Children’s Responses, USDA Nutrition Evidence Systematic Review, avril 2019 (questions grossesse et allaitement) · Ustun B., Reissland N., Covey J., Schaal B., Blissett J., Flavor Sensing in Utero and Emerging Discriminative Behaviors in the Human Fetus, Psychological Science 33(10), 2022 · Ustun B., Covey J., Reissland N., Chemosensory continuity from prenatal to postnatal life in humans, PLOS ONE, 2023 · Université de Durham, communiqué de février 2025 et article du 11 mai 2026 · Marlier L., Le goût, une histoire dès la vie prénatale, Correspondances en MHDN, juin 2020 · INRAE, Une histoire de goût · Arvedson J. C., Swallowing and feeding in infants and young children, GI Motility online · Fitzsimmons E., Bajaj T., Embryology, Amniotic Fluid, StatPearls, mis à jour le 17 juillet 2023 · mpedia.fr, Le calendrier de grossesse, mis à jour le 2 juin 2026, et Alimentation pendant l’allaitement, mis à jour le 28 septembre 2026.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas l’avis du professionnel qui suit ta grossesse.

